La ségrégation socio-spatiale à Marseille (2/2 : la mesure de la ségrégation)

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Cet article fait suite à un premier travail publié ici. Il s'agit d'une par­tie de mon tra­vail réa­lisé pour mon mémoire de Mas­ter 1 inti­tulé « Stra­té­gies rési­den­tielles et ségré­ga­tion socio-spa­tiale à Mar­seille. Vers une modé­li­sa­tion indi­vidu-cen­trée », sous la direc­tion de V. Laper­rière, Aix-Mar­seille Uni­ver­sité.

La mesure et la cartographie de la ségrégation socio-spatiale à Marseille par les indices de ségrégation nous permettra ici de quantifier le niveau de ségrégation de chacun des groupes de population étudiés mais également d’identifier quels sont les espaces caractérisés par une sur-représentation ou une sous-représentation d’un ou de plusieurs de ces groupes.

Les indices de ségrégation retenus

Les indices de ségrégation résidentielle, que nous avons introduits précédemment, permettent de mesurer le niveau de ségrégation d’un groupe de population. Il existe cinq catégories d’indices de ségrégation, une pour chaque dimension de la ségrégation : les indices d’égalité, d’exposition, de concentration, de regroupement et de centralisation. Pour chaque dimension, on distingue : les indices unigroupe, qui mesurent la ségrégation d’un groupe par rapport à l’ensemble de la population ; les indices intergroupes, qui comparent la répartition de deux groupes de population pris deux à deux ; les indices multigroupes, qui évaluent le niveau de ségrégation de l’ensemble des groupes de population [Tiva­dar, Schaef­fer, Torre et Bray, 2014].

 Ainsi, selon la dimension de la ségrégation qu’ils évaluent, certains indices de ségrégation quantifient la séparation spatiale d’un groupe dans les unités spatiales de l’aire d’étude, d’autres mesurent la possibilité d’interaction entre groupes, d’autres encore comparent la superficie occupée par les différents groupes de population étudiés, etc. la suite...

La ségrégation socio-spatiale à Marseille (1/2 : l'inégale répartition des groupes sociaux dans l'espace)

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L'article publié ici est une partie de mon travail réalisé pour mon mémoire de Master 1 intitulé « Stratégies résidentielles et ségrégation socio-spatiale à Marseille. Vers une modélisation individu-centrée », sous la direction de V. Laperrière, Aix-Marseille Université.

Marseille est située sur le littoral méditerranéen, au sud-est de la France, dont elle est l'une des métropoles les plus importantes et la deuxième ville par sa population (852 516 habitants en 2012 1). Grand port français et autrefois principale porte de France pour le passage des hommes [Viard, 2013], Marseille est située entre la mer Méditerranée à l'ouest et les massifs montagneux de l'Estaque, de l'Étoile et le Garlaban au nord et à l'est.

L'histoire de Marseille, notamment marquée au XXème siècle par la décolonisation et les vagues d'immigration qui suivirent, a ancré le cosmopolitisme dans l'identité de la ville [Gastaut, 2003]. Les travaux d’Émile Temime sur l'histoire des migrations à Marseille montrent le caractère cosmopolite de la ville, plus évident dans certains quartiers [Temime, 1995 ; Manry, 2002]. Pour Yvan Gastaut [2003], le « 'cosmopolitisme' ne signifie pas forcément 'intégration' d’un groupe ethnique minoritaire à une société d’accueil dominante » et il peut s'avérer être un système élaboré permettant de « coexister dans le respect mutuel : vivre ensemble sans se mêler, partager les décisions collectives tout en conservant sa propre autonomie, affirmer sa différence culturelle, souvent bien marquée dans l’espace ».
Cette diversité ethnique et culturelle de la population de Marseille s’accompagne d’une division sociale de l’espace urbain, étudiée dès les années 1970 [Roncayolo, 1972]. Marseille est en effet un cas particulier où la ville-centre est plus pauvre que sa périphérie [Ronai, 2009].

La ségrégation socio-spatiale

Au sens large, la ségrégation désigne l'action de mettre à l'écart une personne ou un groupe de personnes (dictionnaire Larousse), comme l'indique son étymologie latine, « segregare », qui signifie « mettre à l’écart du troupeau ». Selon le Dictionnaire d’analyse spatiale [Bavoux, Chapelon, 2014], la ségrégation est un « processus de division de la société en unités distinctes, qui participe des hiérarchisations spatiales ». D’autres auteurs définissent la ségrégation à la fois comme un processus et comme un état de séparation spatiale [Lévy, Lussaut, 2003]. La dimension spatiale de la ségrégation met en évidence et renforce la ségrégation sociale [Pumain, 2006]. la suite...

Notes :

  1. INSEE, 2012.